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Quittez la Terre !

Je viens de tomber sur un truc magique grâce à jeuxvideo.com et son excellente chronique Pause Process. Il s’agit d’une application PC faisant office de planétarium géant et s’appelant Space Engine.

SpaceEngine

Cette application gratuite est développée par Vladimir Romanyuk et est disponible en téléchargement sur son site. Une fois installée, elle vous propose d’évoluer dans l’Univers à travers notre système solaire jusqu’à de lointaines galaxies. Ce n’est pas un jeu à proprement parler car il n’y a pas de but, aucun critère à remplir pour gagner, aucun obstacle qui pourrait vous faire perdre. Non, c’est juste une balade parmi les planètes et les étoiles, destinée aux rêveurs et aux curieux.

Capture d'écran de Space Engine

Comment est-il possible d’explorer ainsi des planètes lointaines dont nos astronomes n’ont eux-même pas connaissance ? Et bien c’est simple : Parmi les objets présents, on retrouve certes l’intégralité du catalogue Hipparcos, mais le reste de l’univers présenté dans ce logiciel n’existe que dans la mémoire de votre ordinateur, puisqu’il est généré de manière procédurale. En clair, en suivant les quelques recettes de cuisine cosmique que l’on peut déduire de l’observation de notre univers réel, Vladimir Romanyuk a mis en place des algorithmes permettant de créer un univers plausible, avec ses galaxies, ses étoiles ses planètes.

Un exemple de planète chaude et habitable générée par le logiciel
Un exemple de planète chaude et habitable générée par le logiciel

Space Engine est encore en développement, mais il propose déjà beaucoup de fonctionnalités intéressantes : les outils de recherche sont bien pensées, les caractéristiques des objets sont affichables, une version française de l’interface est disponible, ainsi que la possibilité de capturer des photos ou des vidéos de votre périple.

Voilà en plus de la balade du week-end un moyen d’échapper un instant à la lourde actualité de ce début d’année.

 

 

En route vers l’ISS

Depuis son lancement le 30 juillet dernier, l’ATV a déjà complété une centaine de révolutions autour de la Terre. Nous travaillons jour et nuit ici au centre de contrôle ATV de Toulouse pour préparer Georges Lemaître à son amarrage à la station, toujours prévu le 12 août.

Le centre de contrôle ATV, peu de temps avant le lancement d’ATV-5 – crédits ESA

« Quoi ? 14 jours pour aller à l’ISS ? C’est si long ? »

Oui 14 jours, mais dans l’Espace on ne voyage pas en ligne droite… L’ISS a beau être à seulement 415 km au-dessus de nos têtes, elle voyage à une vitesse relative d’environ 28000 km/h. Imaginez monter dans un train en marche. Quelle sera votre méthode ? Foncer droit dessus, perpendiculairement au wagon pour parcourir la distance la plus courte possible (et donc tenter le carreau sur place), ou courir le long des voies pour sauter à bord ? La problématique est sensiblement la même pour ATV. Arriver au bon endroit, c’est bien mais c’est insuffisant : il faut y arriver avec la bonne vitesse. Et ça prend du temps de se placer le long de la voie !

Un train dans l’Espace (ou presque) !

De plus, passer d’une orbite à l’autre nécessite d’effectuer des manœuvres qui consomment du carburant. Et le carburant, c’est un bien précieux dans l’Espace, qu’on souhaite économiser le plus possible. Attendre les bonnes opportunités pour optimiser l’utilisation de ce carburant nous pousse à prendre notre temps.

Pendant ce temps, l’ATV doit être lui aussi préparé à son amarrage : le système de propulsion doit être purgé de tout l’hélium résiduel qui s’y trouve, la manœuvre d’évitement (qui permet à l’ATV de partir en urgence de la proximité de l’ISS en cas de problème) doit être testée, la sonde d’amarrage doit être sortie et plusieurs sous-systèmes doivent être passés au crible pour faire un état de santé du véhicule après son lancement. Bref, les équipes du centre de contrôle ne chôment pas !

Position PROTHEUS au Centre de contrôle ATV à Toulouse.
Position PROTHEUS au Centre de contrôle ATV à Toulouse.

Enfin, la contrainte la plus forte qui explique ces 14 jours de vol libre est programmatique : en effet, il n’existe que quelques fenêtres temporelles permettant à l’ATV de s’amarrer à la station ; cela ne peut pas se faire n’importe quand. De même, nous ne sommes pas le seul client d’Ariane à partir de Kourou, le planning du Centre Spatial Guyanais contraint donc également notre date de lancement. Finalement, le temps qu’on a entre les deux, c’est le temps qu’on veut bien nous laisser 🙂

 

L’argent de l’Espace

Quand on travaille dans l’industrie spatiale, et qu’on vient à parler de ce que l’on fait dans la vie, on tombe de temps en temps sur un gentil troll, qui explique qu‘avec tout l’argent qu’on met dans l’Espace, on pourrait régler nos problèmes sur Terre, hein, à commencer par les problèmes de famine dans le monde. Je vous propose donc un petit argumentaire chiffré que je me fais un plaisir de ressortir à chaque fois que le besoin s’en fait sentir, quitte à péter un peu l’ambiance en soirée.

money

En tant que citoyen français, on ne peut pas trop décider du budget de la NASA ou des agences spatiales russe et chinoise. Limiter le chiffrage au cas français semble donc raisonnable (et on obtient sensiblement les mêmes résultats quoi qu’il en soit). Le budget du CNES en 2012 s’est élevé à 1911 M€, dont 1466 provenant du financement de l’État français et 445 provenant de contrats externes. Je vous le fais au total à environ 2 milliards d’euros. Pour comparaison, le budget de la NASA la même année a tourné autour de 19 milliards de dollars. Et vous n’êtes pas sans savoir que le budget de la NASA n’est pas le seul consacré à l’Espace aux Etats-Unis, puisque l’US Air Force y consacre de son côté 6 petits milliards… officiellement. Mais à la limite, tout ça on s’en fout, c’est pour notre culture.

Revenons à nos 2 milliards d’euros bien français consacrés à l’Espace. Ce qui devient très intéressant, c’est lorsqu’on compare cette somme « astronomique » aux dépenses des français la même année. L’INSEE produit de jolis tableaux bien rigolos qui permettent de mettre en rapport ce que sont 2 milliards d’euros dans le monde d’aujourd’hui.

La bière est à l’honneur cher lecteur ! En effet d’après l’INSEE, les français ont dépensé en 2012 1943 M€ en bières… soit sensiblement la même somme que celle consacrée au programme spatial français, contribution à l’ESA incluse. Santé !
Donc finalement, faire une croix sur la bière a le même poids que couper purement et simplement les vivres au spatial. L’économie réalisée est la même ! Et ne me dites pas (à moins de ne pas payer d’impôt) que la comparaison ne tient pas car l’argent public ne viendrait pas de votre poche.

Vas-y pour la boire avec ton casque, maintenant, gros malin !
Vas-y pour la boire avec ton casque, maintenant, gros malin !

Encore mieux : rangez vos jetons, tapis vert et autres lotos et vous économisez près de 9 milliards d’euros, soit 4,5 fois le budget annuel du CNES. La cigarette ? 19 milliards, soit près de 10 fois le pécule orbital !

Mais… attendez… le problème c’était la faim dans le monde, non ? Filons directement au rayon alimentation ! On peut s’amuser d’abord du montant de la ligne  « Sucre, confiture, miel, chocolat et confiseries », affichant fièrement 12 milliards d’euros, soit 6 fois notre somme de référence. Mais passons plutôt directement au total, hors boisson de la catégorie alimentation : 142 milliards d’euros. Le budget du CNES représente 1,4% de cette somme.

Toutes, proportions gardées, si le budget du CNES est représenté par la distance Soleil-Mercure, alors le reste de la distance jusqu'à Neptune correspond aux dépenses des français en denrées alimentaires.
Toutes, proportions gardées, si le budget du CNES est représenté par la distance Soleil-Mercure, alors le reste de la distance jusqu’à Neptune correspond aux dépenses des français en denrées alimentaires.

Mais j’ai encore mieux, et ça marche d’autant plus que la personne qui vous trolle possède un animal domestique. Le budget chien & chats ! Avec 7 milliards d’euros, je vous fait la totale, acquisition du toutou, services vétérinaires, alimentation, accessoires. 3,5 fois le budget du CNES. Pour nourrir et soigner des chats. Et on vient me parler de faim dans le monde…

« Oui, euh, baby tu déconnes hein. Nous aussi on a un chat et je crois pas qu’on soit des criminels ! »

Non, en effet, et ce n’est pas mon propos. Au travers de cette mise en perspective, volontairement provocatrice, je veux simplement montrer une chose : L’idée selon laquelle on dépense beaucoup d’argent dans l’Espace est fausse. C’est un amalgame dans l’inconscient populaire entre la démesure de l’Univers et de ses caractéristiques, et les sommes consacrées à son observation ou son exploration. Finalement, les dépenses astronomiques de notre société ont bien lieu à la surface de notre planète. L’argent dispersé a torrents dans l’Espace est un mythe. Néanmoins, on ne peut que se désoler de voir régulièrement l’exploration spatiale jouer le rôle de bouc-émissaire dans les malheurs du monde.

Bon allez, réconcilions nous autour d’une bière et occupons-nous du chat.

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