Y’a quelqu’un ?

J’ai eu la chance de rencontrer brièvement cette semaine Alexandre Astier, et j’en menais pas large ! En effet, il est venu s’entretenir avec les agents du GEIPAN, et a fait un petit crochet par le centre de controle ATV. Un moment inoubliable pour nous…

J’ai bien tenté une timide petite vannette mais évidemment j’ai pas fait le poids 🙂

« Bon, c’est pas tout de venir nous piquer des infos à droite à gauche, mais il va falloir assurer pour votre grand oral à Blagnac en janvier 2015, parceque nous on sera là pour vous écouter ! »

« Bin, grand oral pas tellement : Je pourrai dire ce que je veux puisque je ne serai pas évalué. »

Affiche du prochain spectacle d’Alexandre Astier

Il a raison monsieur Astier. Moi aussi je vais vous dire ce que je pense de la vie extra-terrestre, et je me moque des conséquences et des déchirures de l’Espace-Temps !

« Baby, tu te calmes ! »

On va pas s’éterniser à définir le concept de vie extra-terrestre, tout le monde sait ce que c’est : ça veut dire créature humanoïde intelligente, possédant un superbe engin volant chromé avec un bas de caisse lumineux façon tuning de malade. Particularité partagée avec Big foot et le monstre du Loch Ness : quand ils rentrent dans le cadre d’un appareil photo, la mise au point fout systématiquement le camp, et les photos sont donc toujours floues. Ce genre d’extra-terrestre a également pris l’habitude de parcourir des années-lumière pour venir se cacher dix minutes derrière un buisson dans les ardennes, et parfois piquer une vache avant de repartir pour le même périple odysséen sans même passer par la boutique souvenir.

Pour les pisse-froid comme moi, une version un peu plus austère du concept se contente d’une définition un peu moins anthropomorphique. Ou une sorte de méduse géante, c’est déjà vachement bien. Une forme de bactérie, c’est encore moins exigeant ! En fait, pourquoi ne pas partir sur la définition du vivant attribuée à la NASA : « Est vivant tout système délimité sur le plan spatial par une membrane semi-perméable de sa propre fabrication et capable de s’auto-entretenir, ainsi que de se reproduire en fabriquant ses propres constituants à partir d’énergie et/ou à partir d’éléments extérieurs ». 

Si on observe notre propre histoire, qui est malheureusement à ce jour l’unique expérience d’apparition de la vie dans l’Univers que nous connaissons (et encore), on se rend compte que tout est une affaire d’ingrédients et d’environnement. Il n’y a donc absolument aucune raison pour qu’une autre planète, tournant autour d’une autre étoile et bénéficiant de ces mêmes conditions suffisamment longtemps ne devienne pas elle aussi un foyer de vie. Statistiquement, avec le nombre d’étoiles et de planètes que l’Univers observable semble contenir, la question de la vie extra-terrestre est vite réglée : oui, elle existe très probablement. C’est même une quasi-certitude au sens des probabilités.

La vraie question sur laquelle tout le monde s’écharpe est finalement celle-ci : « L’apparition de la vie est-elle un évènement exceptionnel ou bien banal dans l’Univers ?« . Et pour répondre à cette question, il faudrait pouvoir détecter de la vie ailleurs. Ou ne pas en détecter avec certitude. Le but des missions martiennes est d’ailleurs de vérifier si les conditions requises à l’apparition de la vie sont suffisamment souples pour avoir permis à Mars d’abriter de la vie (même basique) pendant un temps. En fait, c’est même la réponse à cette question qui conditionne les chances que nous avons de détecter un jour de la vie sur une autre planète que la notre.

Mars Science Laboratory : une mission d’exploration martienne passionnante !

Le problème c’est que même si l’on parvenait à trouver de la vie ailleurs que dans le système solaire, nous serions incapables de nous rendre sur place pour l’étudier, compte-tenu du temps de trajet qu’il nous faudrait. La moindre petite étoile est déjà distante de nous d’un océan de vide aussi large qu’hostile. On peut toujours compter sur « le progrès futur » (si on est du XXème siècle), mais il faudrait plusieurs révolutions dans notre compréhension de la Physique et des lois qui semblent régir le fonctionnement de l’Univers pour envisager celà. C’est donc à la fois peu probable et de toutes façons pas avant très (trop) longtemps.

L’humanité est donc aujourd’hui dans cette situation absurde, où elle sait que la vie existe très probablement ailleurs dans l’Univers, mais que dans l’hypothèse ou l’on pourrait détecter un nouveau foyer, elle serait dans l’incapacité physique (compte tenu des distances) d’établir un lien avec cet autre monde. Quelle ironie. Ainsi je ne m’étonne pas qu’Alexandre Astier, maître de l’ironie et de l’absurde s’attaque à ce thème dans son prochain spectacle. Que j’irai voir, car je suis certain qu’il parlera de tout celà (et de plus) mieux que moi.

[Ajout du 29/04/2014] Encore quelques personnes qui en parlent mieux que moi : https://lejournal.cnrs.fr/articles/ils-ont-imagine-un-autre-monde . Merci à @Florence Porcel pour le lien !

Civilization prend de la hauteur

Cette semaine a été annoncé la sortie à l’automne prochain de Civilization: Beyond Earth. Cet opus fait suite aux précédents volets de la saga Civilization, une des plus connues de l’univers du jeu vidéo de stratégie tour-par-tour.

www.civilization.com

Cette annonce a été assortie de la publication d’un trailer en plusieures langues, dont voici la version française :

Premier aperçcu disponible sur le site de l’éditeur.

Même s’il faudra attendre un peu pour juger de la qualité de ce que 2K games et Firaxis nous préparent, je ne peux que me réjouir de cette annonce. Et ce à double titre :  Premièrement, ça parle d’exploration planétaire et donc d’espace. Ensuite, c’est un jeu de plus dans une saga que j’adore. Civilization, c’est intelligent et fun.

« Tu dis ça baby, mais à chaque fois que tu commences une partie, tu traites tes bonhommes de glandus au bout de 15 minutes ! »

Oui. Bon. Bin j’ai dit que j’aimais ces jeux, pas que j’y jouais super bien, non ?

Sinon, chose amusante, on se rend compte que la licence du jeu utilise l’imagerie spatiale pour faire sa promotion, et notamment le look de la cupola, ce module d’observation de la station spatiale internationale :

Comparaison entre le visuel du jeu et la vraie Cupola montée sur ISS
Comparaison entre le visuel du jeu et la vraie Cupola montée sur ISS

Ainsi, cet élément construit par Thales Alenia Space pour le compte de l’ESA devient un symbole du vol habité dans la pop culture contemporaine. Je trouve ça plutôt classe, une belle réussite pour l’Europe.

La suite à l’automne prochain !

 

Au fil des saisons

Les sites spécialisés dans l’univers du jeu vidéo ont souvent déclaré que le jeu de gestion était mort. En effet ce style plutôt délaissé par les éditeurs n’a pas été au top de sa forme ces derniers temps. La faute à des étrons trop empressés à vider les poches des joueurs (SimCity – version 2013) ? Un manque de fraicheur ?

Difficile de dire si cette catégorie est effectivement vouée à l’extinction, mais en tous cas, une éclaircie vient percer ce paysage bien gris, un petit miracle du jeu indépendant, nommé Banished.

Ecran d’accueil du jeu

Banished ne vous fixe aucun but, ce qui peut paraitre un peu déroutant. Le seul but du jeu c’est celui que vous vous décidez de fixer. Croitre et s’étendre ? Survivre le plus longtemps ? Vivre en auto-suffisance totale ? A vous de décider de ce que vous ferez de la petite communauté de gens qui vous est confié en début de partie.

Banished : un style rural-américain du début du XXe siècle

Les premières heures de jeu : la claque de fraicheur.

Quasiment pas d’interface, des graphismes simples mais beau, pas de système monétaire (tout est affaire de travail ou de troc), une nature vivante et un cycle des saisons tout simplement magnifique et au cœur du gameplay, quand on lance Banished, on a en a presque la larme à l’œil. C’est beau. c’est frais. Ça donne envie de courir cul-nu dans les champs de blé. A vitesse normale une année s’écoule en une heure. Chaque saison dure donc 15 minutes, et pour l’hiver, ça peut paraitre long, surtout quand on a l’œil rivé sur le stock de bois de chauffage et de nourriture.

Le cycle des saisons, par Kasper_Hviid

« Baby ! J’ai vu à la télé dans ‘Silence ça pousse’ qu’il fallait pas planter deux fois la même chose au même endroit d’année en année. »

Et bien dans Banished ça marche aussi. Planter toujours la même chose au même endroit et vous allez épuiser le sol, ou multiplier les chances de voir vos récoltes ravagées par des nuisibles. Le principe de la jachère est par exemple très efficace. Faire preuve d’un minimum de culture agricole et de bon sens vous servira grandement ! Méfiez-vous de la surpêche, apprenez à comprendre quelles ressources se renouvellent et à quel rythme. Rien n’est expliqué ou presque, vous allez devoir découvrir les règles du jeu en jouant, lâché dans la nature, au propre comme au figuré.

 Apprendre de ses erreurs

Un des aspects très intéressants du jeu c’est qu’il faut apprendre de ses erreurs. A l’heure ou les jeux ont plus tendance à flatter le joueur pour lui procurer du plaisir, ce procédé un peu old school fait du bien. Oubliez de constituer un stock d’alimentation pour l’hiver et c’est la famine assurée ! Oubliez d’affecter suffisamment de fermiers, votre stock en pâtira, famine aussi comme résultat ! Pas de forgeron ? -> pas d’outil à disposition des fermiers -> pas d’efficacité dans les champs -> pas assez de nourriture produite -> famine en hiver. Par effet d’avalanche, une petite erreur peut vous couter très cher, il faudra donc être dégourdi pour anticiper un maximum, et sécuriser la mécanique de votre petite communauté.

http://media.pcgamer.com/files/2013/12/banished.jpg
Vous pourrez faire construire de véritables petits villages avec un peu de maitrise !

 

Le syndrome du « à quoi bon »

Le seul problème avec Banished, c’est qu’on est tellement libre de fixer des objectifs que finalement, se motiver pour les atteindre peu paraitre difficile. En ce qui me concerne, j’y ai finalement joué un mois avant de le délaisser. Et voilà un autre mois que je n’y ai pas joué. Une campagne de missions aurait pu peu-être prolonger un peu sa durée de vie.  Maintenant sur le premier mois je l’avoue, j’ai du vraiment y passer mes journées.

« Je confirme. »

Alors finalement, il faut acheter ou pas ?

Mon conseil c’est d’attendre un peu une éventuelle remise sur steam, sauf si comme moi vous êtes en manque de city-builder / gestion. Il vous en coutera actuellement 20 euros, ce qui me semble un tout petit peu cher pour le contenu offert. Attention également, le jeu est uniquement en anglais, et la traduction n’est pas prévue autrement que par un groupe de passionnés qui attendent le kit de modding produit par le développeur du jeu. Car oui, même si ça ne change rien à la qualité intrinsèque du jeu, c’est bien une seule personne qui a tout fait ici. Et rien que pour cela, ça mérite bien un petit coup de pouce.

The Last Ride

Pour ceux qui arriveraient sur ce blog au hasard, et comme je ne me suis pas présenté dans le premier billet – parce que ça me soulait – sachez que je travaille au centre de contrôle ATV (http://www.cnes.fr/atv-cc).

ATV – crédits photo NASA

Notre mission est d’amener le vaisseau ravitailleur européen sur la station spatiale (ISS) et de le connecter au module russe Zvezda et de l’opérer pendant environ 6 mois comme un module de la station spatiale. Un module qui a pour fonctions principales le ravitaillement, le stockage et la correction d’orbite.

C’est un job très gratifiant, d’autant plus que contrairement à l’immense majorité des missions spatiales, celle-ci bénéficie d’un retour photo/vidéo abondant. Pour les rêveurs comme moi, c’est du petit lait.

« Bon, baby, c’est bientôt fini ton ATV ? Y’en a marre de galérer pour partir en vacances ! »

Et bien oui, c’est bientôt fini. Le dernier ATV, qui portera le numéro 5 et le nom de Georges Lemaître décollera de Kourou le 25/26 juillet prochain. A l’aube de ce dernier lancement, chacun ici fait un peu le bilan de cette époque. Les femmes et les hommes qui ont fait le succès de ces missions quitteront après cet ultime mission le centre de contrôle, laissant derrière eux une histoire pleine d’anecdotes, d’amitiés, de nuits trop courtes ou trop longues et surtout d’images. Et parmi ces images, si je devais n’en retenir qu’une seule, ce serait sans doute celle-ci :

ISS avec Endeavour et l’ATV-2 Johannes Kepler (crédit photo NASA)

ATV-2 c’est ma première mission ATV. Je suis rentré au CNES pour cette mission. Exercer le métier d’ingénieur opérations pour les véhicules spatiaux, c’est déjà une chance et une fierté. Sur un programme comme ATV, ça prend une dimension magique. Contribuer au vol habité et au prolongement de l’histoire de la conquête spatiale, c’est devenir acteur de son rêve d’enfant. C’est grisant.

Sur la photo, on voit la station dans sa configuration quasi-finale (il manque encore un module russe qui doit être lancé prochainement), ainsi que 4 véhicules amarrés : un Progress, un Soyuz, l’ATV-2 Johannes Kepler, et la navette américaine Endeavour qui effectuait là son dernier vol. Une configuration totale de plus de 520 tonnes qui ne sera jamais plus reproduite étant donné l’arrêt du programme spatial des navettes américaines. Je ne me peux pas m’empêcher de penser à nos homologues de la NASA qui ont vécu ce dernier vol et la fin de leur programme.

Au centre de contrôle ATV, chacun connait la chance qu’il a de contribuer au programme ISS, auprès de partenaires prestigieux, russes, américains, japonais, canadiens et savoure pleinement la préparation de cette dernière mission.

Je compte poster ici quelques anecdotes vécues, ainsi que quelques tranches de vie de cette dernière mission, vécue de l’intérieur à l’ATV-CC, donc stay tuned.