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Et Pluton sort de l’ombre…

Les évènements astro-culturels comme celui que nous allons vivre dans quelques jours sont rares. Pluton, qui dans les années 90 (et alors que je n’étais qu’un jeune passionné d’astronomie) était encore l’ultime planète de notre système, va enfin révéler son apparence à l’humanité, grâce à la sonde de la NASA, New Horizons.

Découverte en 1930 par Clyde Tombaugh (un américain), Pluton a « perdu » sont statut de planète il y a quelques années pour endosser le status de « planète naine ». En effet, au fur et à mesure qu’on trouvait des objets similaires dans les régions lointaines du système solaire (Eris, par exemple), cette petite boule (plus petite que notre Lune) a perdu de son caractère exceptionnel aux yeux de la communauté scientifique, et il a semblé naturel à Union Astronomique Internationale de la déclasser. Cet épisode a durablement courroucé nos amis américains qui ont protesté avec énergie. En effet : la seule planète découverte par un américain n’en était plus une, amoindrissant ainsi un accomplissement de leur nation. C’est pourquoi vous pourrez voir lors de vos détours sur Internet des groupes scandant encore que Pluton EST une planète. La plupart du temps cette forme d’activisme est heureusement du second degré scientifico-geek. Bref un bon sujet de t-shirt pour barbu.

J’ai fait une recherche sur google pour trouver un exemple… je pensais pas en trouver autant ! (28$ sur lookhuman.com)

Bref, étant ado, Pluton était encore pour moi une planète, la dernière du système solaire, et les auteurs de livres d’astronomie étaient franchement bien embêtés pour la représenter. Le passage des sondes Pioneer et Voyager nous avaient inondé de photos époustouflantes des autres mondes de notre système solaire, ces géantes gazeuses que sont Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Mais rien sur Pluton. Du coup, depuis que je suis né, je suis nourri aux « vues d’artiste » en ce qui concerne Pluton.

Pluton et Charon (vue d’artiste) – Prise de risque minimale : bien dans l’ombre, et pour la partie éclairé, dans le doute un truc qui ressemble vaguement à la Lune ou à Mercure.

Ainsi, après avoir découvert l’an dernier à quoi ressemblait une comète de très près, je vais découvrir le véritable visage de Pluton. Alors que les premières images nous parviennent, je sais que toute l’imagerie fantasmée que j’ai accumulée pendant des années va voler en éclats, après le survol du 14 juillet prochain. Il y aura sans doute des découvertes inattendues, des caractéristiques insoupçonnées, bref de la magie pour cette planète qui n’en est plus une… mais qui va connaitre à nouveau son heure de gloire.

Image de Pluton reçue le 8 juillet de New Horizons… J’en ai déjà des frissons ! (c) NASA-JHUAPL-SWRI

Skyfall

Ainsi c’est fini… C’est même déjà fini depuis plus d’un mois, mais je n’avais pas pris le temps de venir écrire une ligne ici pour relater les derniers instants du programme ATV auquel j’aurais consacré plus de 4 ans d’activité professionnelle. Regardez ce bel hommage à notre épopée.

Si je n’ai pas écrit depuis longtemps, c’est que c’est une période extrêmement difficile pour moi. La fin d’un tel projet, le départ de toutes ces figures familières qui peuplaient mes journées et mes nuits me touche, me déracine. Il ne reste que l’impression d’être terriblement seul… Comme à la dérive dans l’Espace.

Il me reste des images émouvantes de ce dernier « shift » en console, avec mes camarades de l’équipe « Reentry ». Ces derniers instants ou le signal de l’ATV se fait de plus en plus faible et entrecoupé, perturbé par les hautes couches de l’atmosphère. Puis la dernière trame de mesure reçue, les annonces, les applaudissements, les gens qui se prennent dans les bras et les larmes qui coulent. Quelle atmosphère incroyable de fin du monde de voir les antagonismes s’achever dans une accolade sincère ou de voir ces gros durs à la réputation d’intraitables avoir l’oeil humide… J’en ai la gorge serrée pour quelques années sans doute encore.

Moi et mon fidèle cochon, qui m'a suivi dans toutes mes opérations depuis le début de ma carrière
Moi et mon fidèle cochon, qui m’a suivi dans toutes mes opérations depuis le début de ma carrière
Le centre contrôle ATV c'était des équipes venues de tous les pays et de toutes les sociétés.
Le centre contrôle ATV c’était des équipes venues de tous les pays et de toutes les sociétés.
Le centre de contrôle ATV au lendemain de la reentrée, déjà hanté par ses fantômes
Le centre de contrôle ATV au lendemain de la reentrée, déjà hanté par ses fantômes

J’ai conscience de la chance que j’ai eu de pouvoir contribuer à un programme pareil. Je souhaite à chacun cultivant la passion de l’Espace de vivre une expérience similaire dans sa vie, de connaitre un environnement aussi envoutant que celui du centre de contrôle ATV et d’appartenir à une équipe aussi soudée que nous l’étions. Car cette équipe du centre de contrôle ATV, je l’ai aimée de tout mon coeur.

ATV <3 Forever

L'équipe des ingénieurs bord véhicule rendent hommage à l'expédition 45 pour une dernière photo de groupe
L’équipe des ingénieurs bord véhicule rendent hommage à l’expédition 45 pour une dernière photo de groupe

 

Quittez la Terre !

Je viens de tomber sur un truc magique grâce à jeuxvideo.com et son excellente chronique Pause Process. Il s’agit d’une application PC faisant office de planétarium géant et s’appelant Space Engine.

SpaceEngine

Cette application gratuite est développée par Vladimir Romanyuk et est disponible en téléchargement sur son site. Une fois installée, elle vous propose d’évoluer dans l’Univers à travers notre système solaire jusqu’à de lointaines galaxies. Ce n’est pas un jeu à proprement parler car il n’y a pas de but, aucun critère à remplir pour gagner, aucun obstacle qui pourrait vous faire perdre. Non, c’est juste une balade parmi les planètes et les étoiles, destinée aux rêveurs et aux curieux.

Capture d'écran de Space Engine

Comment est-il possible d’explorer ainsi des planètes lointaines dont nos astronomes n’ont eux-même pas connaissance ? Et bien c’est simple : Parmi les objets présents, on retrouve certes l’intégralité du catalogue Hipparcos, mais le reste de l’univers présenté dans ce logiciel n’existe que dans la mémoire de votre ordinateur, puisqu’il est généré de manière procédurale. En clair, en suivant les quelques recettes de cuisine cosmique que l’on peut déduire de l’observation de notre univers réel, Vladimir Romanyuk a mis en place des algorithmes permettant de créer un univers plausible, avec ses galaxies, ses étoiles ses planètes.

Un exemple de planète chaude et habitable générée par le logiciel
Un exemple de planète chaude et habitable générée par le logiciel

Space Engine est encore en développement, mais il propose déjà beaucoup de fonctionnalités intéressantes : les outils de recherche sont bien pensées, les caractéristiques des objets sont affichables, une version française de l’interface est disponible, ainsi que la possibilité de capturer des photos ou des vidéos de votre périple.

Voilà en plus de la balade du week-end un moyen d’échapper un instant à la lourde actualité de ce début d’année.

 

 

Vehicle Team

Voilà un petit moment maintenant que je n’ai pas posté sur la mission ATV en cours ! Sur le blog du CNES, vous pouvez découvrir les différentes équipes qui travaillent dans le centre de contrôle ATV. Du coup, j’ai décidé de vous faire rentrer au cœur de celle à laquelle j’appartiens : la Vehicle Engineering Team, soit l’équipe des ingénieurs bord.

L’équipe véhicule en console !

Le travail des ingénieurs bord est de commander l’ATV grâce à des procédures préparées par leur soin à l’avance, de surveiller que tous les sous-systèmes du vaisseau répondent bien à ces commandes et que leurs paramètres mesurés à bord restent à des valeurs attendues.

Pour commander l’ATV, nous envoyons des séries de télécommandes, qui sont des messages très courts comprenant une action (par exemple : éteindre un néon en cabine) et un ou plusieurs paramètres (par exemple : le neon n°2). Côté retour, on reçoit ce que l’on appelle des télémesures. Ce sont des mesures de température, de pression, de tension électrique, et c. et des status matériels ou logiciels (tel équipement est allumé ou éteint, l’alimentation se fait sur batteries ou par les panneaux solaires, et c.) qui sont regroupés par l’ordinateur de bord et transmises au centre de contrôle, via des satellites géostationnaires. Lorsqu’un de ces paramètres n’a pas la valeur attendue, il apparait en rouge et lève une alarme dont la résolution est à notre charge.

Pour mener à bien ces tâches, l’équipe a été répartie sur plusieurs positions que je vais vous décrire.

ISISLa position ISIS est tenue par des ingénieurs capables d’opérer le très complexe système d’amarrage russe, ainsi que tous les systèmes d’interface entre l’ATV et la station spatiale. Ils ont également la charge de suivre tous les sujets touchant au systèmes d’habitabilité de l’ATV (lumière, ventilation, détection de feu… etc). En phase attachée, il suivent les opérations de transfert d’eau et les pressurisations de l’ISS par l’air embarqué des les réservoirs de l’ATV.

POLAR

Les ingénieurs de la position POLAR sont des spécialistes du système de contrôle d’attitude qui permet à l’ordinateur de bord de savoir à tout moment quelle est l’orientation de l’ATV dans l’espace et quelles sont les commandes de mise à feu des propulseurs qui permettent de contrôler cette orientation. Leur rôle est particulièrement crucial lors des manœuvres de changement d’orbite, mais également pendant le rendez-vous avec la station, un phase durant laquelle il ont la charge du système assurant la sûreté du vol de proximité.

SPACOMLes SPACOMs (Spacecraft Commander) sont nombreux dans l’équipe véhicule pour une bonne raison : ils tournent au trois-huit, 24/24, 7/7 pendant les 6 mois de la mission. Ils connaissent toutes les tâches de routine par cœur et sont des spécialistes de l’utilisation du centre de contrôle. Eux seuls sont habilités à envoyer des télécommandes au véhicule, sous la supervision du SOM.

SOMEn plus de son rôle de coordinateur au sein de l’équipe, le Spacecraft Operations Manager est le point de contact de l’équipe vehicule pour toutes les autres équipes. Il agit à ce titre en tant que véritable aiguilleur des tâches et assurant l’ordonnancement des activités. Il est également en charge de l’application de politiques de surveillance des paramètres, modifiant ainsi le type de paramètres surveillé et les seuils de déclenchement d’alarmes au fil de la mission.

CODALes CODAs sont spécialistes de l’ordinateur bord, des ses zones mémoire, des bus de données qui lui permettent d’échanger des données avec les autres instruments, et de l’état de configuration du véhicule. Ils ont également la charge des systèmes de communications, et des émetteurs/récepteurs de proximité. C’est logiquement une des positions requises pour la quasi-totalité des opérations au centre de contrôle.

PROTHEUSLes PROTHEUS s’occupent d’un triplet de sous-systèmes interdépendants : La propulsion, le contrôle thermique et la génération et distribution de la puissance électrique à bord. En marge de ce cœur de métier, ils sont amenés à gérer l’équilibrage des masses à bord et à gérer les échanges de fichiers liés à la réalisation d’une ré-hausse de l’ISS en phase attachée.

 

En plus de ces positions, il existe également deux fonctions, occupées par des spécialistes déjà affectés à une des positions décrites ci-dessus (une sorte de cumul des mandats 🙂 ). Le SOF (Spacecraft Officer) est un ingénieur bord spécialiste d’une phase qui vient assister le SPACOM et le SOM ponctuellement. les GDOs (Ground Database Officer) n’ont pas de fonction opérationnelle en centre de contrôle mais ils ont la lourde tâche de gérer la grande quantité de procédures, d’outils, de fichiers de configuration, bref tout le matériel opérationnel maintenu au sein de l’équipe.

Une équipe qui ne manque donc jamais de travail mais qui sait aussi se détendre, notamment avec ce petit détournement des armoiries d’une célèbre saga fantastique…

Un peu d'auto-dérision ne peut pas faire de mal !
Un peu d’auto-dérision ne peut pas faire de mal !

Et vous, quel ingénieur bord véhicule auriez-vous été ?

Travaux manuels

Je vous propose de quoi occuper vos enfants, neveux, nièces et autres progénitures familiales avec un peu de colle et pas mal de rêve.

« Ouaiiiiiis moi aussi je veux ! »

C’est Laura qui a eu une bonne idée, pour la communication autour du projet ATV : mettre en scène un tutorial pour réaliser une maquette imaginée par Planète Sciences. Comme ça traine un peu partout sur twitter, sur le site du CNES, et cetera, je me suis dit qu’il fallait la mettre ici aussi, pour la postérité 🙂

En tournant ce clip, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’excellent Jérôme Niel et ses tutos qui avaient marqué (c’est le moins qu’on puisse dire) le petit écran l’an dernier. Ca a été assez difficile de ne pas partir sur les mêmes intonations que lui !

Bref, une petite maquette qui occupera les enfants et les grands quand il pleuvra dehors à la Toussaint. Et un tonton qui fabrique des véhicules spatiaux, quand même, ça pète.

[EDIT : le site du CNES a changé, vous pouvez retrouver l’ancien article ici. Et comme on sait jamais de quoi demain sera fait, vous pouvez également trouver les textures ici : ATV_bodyATV_SA ]

Cinquième étoile

Ça y est ! George Lemaître, cinquième ATV, est amarré à la station spatiale internationale depuis le 12 août. Il restera ainsi, uni à Zvezda (le module russe à l’arrière de la station) pendant 6 mois environ.

ATV-5 lors de son approche finale – crédits photo NASA

Tout le monde au CNES s’accorde pour dire qu’on a jamais vu un rendezvous / amarrage aussi calme et aussi nominal. C’est dans une atmosphère très sereine que les équipes du centre de contrôle ATV à Toulouse ont amarré à l’heure pile et avec une précision millimétrique le module de ravitaillement européen.

Une journée bien longue pour moi, puisque j’ai pris position en console vers 6h du matin et jusqu’à 14h, avant de passer la main et d’assister à l’amarrage en tant que spectateur. J’ai adoré cet enchainement sur chaque mission. travail, spectacle,… cocktail !

L’équipe rendezvous au complet ! – Crédits photo Pascal Franchi

Et maintenant s’ouvre la période de « phase attachée » pendant laquelle le centre de controle ATV va être sollicité à de multiples reprises. Parmi ce qui est prévu, on trouve du réhaussement d’orbite, du controle d’attitude pour la station, des livraison d’air, d’eau, de carburant et du transfert de cargo.

Ma prochaine contribution sera demain, dimanche, pour la fermeture de l’écoutille de l’ATV.

« Hein, quoi ? Mais ils viennent pas juste de l’ouvrir ? »

Oui, mais lundi, une sortie dans l’Espace est prévue pour les astronautes russes, et les procédures de sécurité héritées de Mir pour ces sorties extra-véhiculaires requièrent la fermeture des écoutilles des vaisseaux visiteurs. Elle sera réouverte plus tard dans la semaine. J’essaierai de vous twitter quelques news si possible !

En route vers l’ISS

Depuis son lancement le 30 juillet dernier, l’ATV a déjà complété une centaine de révolutions autour de la Terre. Nous travaillons jour et nuit ici au centre de contrôle ATV de Toulouse pour préparer Georges Lemaître à son amarrage à la station, toujours prévu le 12 août.

Le centre de contrôle ATV, peu de temps avant le lancement d’ATV-5 – crédits ESA

« Quoi ? 14 jours pour aller à l’ISS ? C’est si long ? »

Oui 14 jours, mais dans l’Espace on ne voyage pas en ligne droite… L’ISS a beau être à seulement 415 km au-dessus de nos têtes, elle voyage à une vitesse relative d’environ 28000 km/h. Imaginez monter dans un train en marche. Quelle sera votre méthode ? Foncer droit dessus, perpendiculairement au wagon pour parcourir la distance la plus courte possible (et donc tenter le carreau sur place), ou courir le long des voies pour sauter à bord ? La problématique est sensiblement la même pour ATV. Arriver au bon endroit, c’est bien mais c’est insuffisant : il faut y arriver avec la bonne vitesse. Et ça prend du temps de se placer le long de la voie !

Un train dans l’Espace (ou presque) !

De plus, passer d’une orbite à l’autre nécessite d’effectuer des manœuvres qui consomment du carburant. Et le carburant, c’est un bien précieux dans l’Espace, qu’on souhaite économiser le plus possible. Attendre les bonnes opportunités pour optimiser l’utilisation de ce carburant nous pousse à prendre notre temps.

Pendant ce temps, l’ATV doit être lui aussi préparé à son amarrage : le système de propulsion doit être purgé de tout l’hélium résiduel qui s’y trouve, la manœuvre d’évitement (qui permet à l’ATV de partir en urgence de la proximité de l’ISS en cas de problème) doit être testée, la sonde d’amarrage doit être sortie et plusieurs sous-systèmes doivent être passés au crible pour faire un état de santé du véhicule après son lancement. Bref, les équipes du centre de contrôle ne chôment pas !

Position PROTHEUS au Centre de contrôle ATV à Toulouse.
Position PROTHEUS au Centre de contrôle ATV à Toulouse.

Enfin, la contrainte la plus forte qui explique ces 14 jours de vol libre est programmatique : en effet, il n’existe que quelques fenêtres temporelles permettant à l’ATV de s’amarrer à la station ; cela ne peut pas se faire n’importe quand. De même, nous ne sommes pas le seul client d’Ariane à partir de Kourou, le planning du Centre Spatial Guyanais contraint donc également notre date de lancement. Finalement, le temps qu’on a entre les deux, c’est le temps qu’on veut bien nous laisser 🙂

 

La veillée d’armes

C’est pour chaque mission ATV le même sentiment, la veille du tir. Cette atmosphère étrange des veilles de dates importantes. Petit, c’était la veille de la rentrée des classes, la veille du départ en vacances sur la côte atlantique, la veille de Noël… Je ne sais pas si c’est un goût, une odeur, ou un autre sens qui s’éveille spécifiquement, mais à chaque fois il y a ce mélange de stress et d’excitation qu’il est très difficile de définir. Quelque chose qui se révèle lorsque l’on réalise que ce que l’on a attendu patiemment est enfin là. Le moment singulier où le présent rejoint le futur. L’équivalent sensoriel du passage du mur du son.

Ariane 5, et sa coiffe aux couleurs de la dernière mission ATV. (Credits: ESA–S. Corvaja, 2014)

Cette nuit, à 1h47 (heure en France métropolitaine) Ariane 5 arrachera à la Terre le dernier modèle d’ATV, pour une ultime mission de ravitaillement de la station spatiale internationale (live vidéo à suivre ici). Depuis hier, nous sommes passés en conditions de vol, avec des horaires aménagés pour permettre le travail de nuit. Les bureaux autour du centre de contrôle, d’habitude fourmillant de monde semblent désertés… Et pourtant tout le monde est sur le pont pour couvrir les 24 heures de chaque journée d’opérations. Dans les semaines qui viennent, nous nous croiserons parfois seulement 15 minutes par jour entre collègues, le temps de prendre la relève.

« Si tu travailles de nuit, nous c’est pareil, on va pas se voir souvent 🙁 ! »

Le centre de contrôle avant le lancement (Crédits ESA – C. Beskow 2014)

Tout est prêt au centre de contrôle. Le spectacle peut enfin commencer. Petit plaisir avant de se lancer dans cette campagne, Pascal, Lauriane et moi sommes au Classroom. C’est mon adresse préférée pour manger un hamburger sur Toulouse. Demain matin, Pascal et moi relèverons ensemble l’équipe LEOP, qui effectue les premières opérations sur l’ATV : mise en pression du système de propulsion, déploiement des panneaux solaires entre autres. Nous aurons de notre côté à effectuer les deux premières manœuvres d’élévation de l’orbite et la purge en hélium du système de propulsion.

Cette fois ci donc, la sensation de la veillée d’armes aura un goût. Celui de mon burger. Et j’adore ça.

Au dessus de nos têtes, l’ISS

Nos belles nuits d’été vont être encore l’occasion de voir passer l’ISS dans le ciel, un peu avant l’aube ou peu après le crépuscule. Ce qu’on peut voir du complexe orbital depuis le plancher des vaches, c’est un point très brillant, traversant la voute céleste en quelques minutes. Par temps clair, on peut la voir, même depuis les grandes villes, mais elle est souvent confondue avec un avion lorsque l’on ignore ce que c’est… A la différence près que sa lueur ne « clignote » pas !

Un passage de l’ISS dans le ciel reconstitué par l’assemblage de multiples prises de vue (d’ou les pointillés) © T. Credner & S. Kohle, AlltheSky.com

Pour prévoir ses passages, vous pouvez vous rendre sur www.heavens-above.com et rentrer vos coordonnées géographiques (ou bien utiliser directement ce lien, déjà paramétré pour les toulousains) Si vous êtes curieux, bien d’autres satellites sont visibles la nuit dans le ciel.

Il existe également quelques applications smartphones, avec parfois des interfaces plus conviviales (celle de Heavens Above est très riche mais assez austère aussi, j’en conviens). Une recherche par mot-clé avec « ISS » donnant de bons résultat dans les catalogues d’application disponibles.

« Hey Babe, elle vient juste de disparaitre au milieu du ciel !!! »

Oui, celà peut arriver ! En fait l’ISS ne produit pas sa propre lumière, elle réfléchit simplement la lumière du Soleil. Lorsque la station passe dans l’ombre de la Terre, cette lumière semble s’éteindre. l’ISS poursuit évidemment sa course, mais dans l’obscurité.

Au début je voulais faire un schéma pour expliquer. Et ça a donné ça. Désolé.
Au début je voulais faire un schéma pour expliquer. Et ça a donné ça. Désolé.

Le mois d’août sera l’occasion de voir passer successivement l’ISS et l’ATV, à quelque temps d’intervalle. L’amarrage du 12 août ne sera quant à lui malheureusement pas directement visible puisqu’il fera encore grand jour en France vers 17h.

A l’oeil nu, ce n’est certes qu’un point dans le ciel, mais lorsqu’on dispose du matériel adéquat, qu’on sait s’en servir, et qu’on a même les qualités pour le bidouiller un peu, on peut voir beaucoup plus ! En témoignent les clichés spectaculaires de Thierry Legault.

Prise de vue depuis le sol de la station spatiale lors de la mission ATV-2. Un astronaute est même visible sur le cliché ! Une première ! – (c) Thierry Legault

Pour avoir ce résultat, évidemment, il faut avoir un excellent niveau d’astrophotographie, et du matériel de qualité permettant de réaliser un suivi précis. Si vous vous lancez un jour là-dedans, n’oubliez pas qu’on ne progresse que petit à petit et que de telles images nécessitent un grande expérience du domaine. En conclusion de ce billet je vous conseille donc de vous balader sur le site de Thierry Legault (http://legault.perso.sfr.fr), qui est une véritable mine d’images époustouflantes.

 

A 10 jours de l’Espace

[Edit 21/07/2014 : Cet article est paru avant le report de tir – attention aux dates/heures qui ont donc changé]

C’est dans un peu moins de 10 jours que l’ATV5 – Georges Lemaître sera mis sur orbite par une Ariane 5 ES depuis le Centre Spatial Guyanais. L’occasion pour moi de vous présenter la mission en chiffres et en dates.

25/07/2014 3:41:03, heure de Toulouse

C’est l’heure précise à laquelle Ariane doit s’élever pour placer ATV5 sur sa première orbite.

Pour la mission précédente « Albert Einstein », Ariane a décollé le 5 juin 2013 – Crédit photo ESA/Arianespace

Le tir se fait sans fenêtre, ce qui veut dire que le moindre contretemps dans la chronologie finale est immédiatement sanctionné par un report de tir le lendemain. Cela vient du fait que pour optimiser l’utilisation du carburant embarqué à bord d’ATV, il faut viser une orbite initiale quasiment dans le même plan que l’orbite de l’ISS. L’orbite initiale étant conditionnée par le lieu du tir, cela ne peut se produire que lorsque la rotation de la Terre place Kourou dans le plan de la station, ce qui arrive deux fois par jour.

« Attends baby, tu prends tes lecteurs pour des jambons ! Juste au-dessus tu dis que c’est reporté au lendemain ! Pourquoi pas 12 heures plus tard, hein ? »

Pour des raisons de sureté ! Ariane 5 n’est tirée que vers le nord (le sud lui fait prendre une trajectoire trop au-dessus des zones habitées). Il n’y a donc finalement qu’une seule heure par jour pour lancer un ATV.

« Mouais… tu t’en sors bien ! »

Pour Georges Lemaître, on aura droit à un tir de nuit (22h41 en Guyane).

« Super. »

19 895 kg

Une fois séparé de l’EPS, l’étage supérieur d’Ariane, et de l’adaptateur mécanique conçu pour interfacer ATV avec l’EPS, Georges Lemaître affichera une masse de 19895 kg, ce qui est le nouveau record parmi la famille ATV.

l’EPS avec l’adapteur (anneau en noir) duquel se sépare ATV en début de mission. Crédits CNES/D.Ducros

C’est donc le plus « gros » vaisseau parmi les véhicules encore en activité qui desservent la station.

6

Étrangement, c’est bien le 6ème rendez vous avec la station spatiale que nous allons réaliser au centre de contrôle de Toulouse. Et le 5ème amarrage.

Jules Verne « le débraillé », 11 m avant l’amarrage ! Arrivera, arrivera pas ? Crédits photo NASA

En effet, lors de la première mission Jules Verne, il a fallu démontrer aux partenaires internationaux (parmi lesquels figurent la NASA et Roscosmos, l’agence spatiale russe) que le système complet ATV était en mesure de réaliser les phases d’approche et aussi une manœuvre d’évitement de la station. Pour cette raison, et afin de montrer patte blanche, la première tentative était destinée à être une démo, qui n’aboutirait pas à un amarrage.

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Ce compteur est pour l’instant à l’arrêt, car c’est le nombre de jours cumulés avec un ATV en orbite. Cette cinquième mission sera donc l’occasion pour le centre de contrôle de fêter les deux ans cumulés en orbite du programme. Reprise du compteur le 25 juillet donc.

A ce sujet, en cas d’insomnie pour pourrez suivre le lancement en direct depuis les sites suivants :